Chadô – Voie du Thé


Franck Armand organise régulièrement des sessions de “Chadô” (Voie du Thé) à la Falaise Verte.

Après avoir été initié au Japon il y a 25 ans, Frank poursuit sa pratique en France et transmet les principes fondamentaux de ce chemin spirituel issu du Zen. Franck retourne deux fois par an au Japon poursuivre son apprentissage et y organise également des voyages culturels.

 

 

 

 

 


Sessions 2019

  • jeudi 07 au dimanche 10 mars
  • dimanche 28 avril, jour de l’anniversaire du grand maître de thé Sen no Rikyû, Frank servira un thé gratuitement à toute personne qui le souhaite
  • jeudi 06 au lundi 10 juin
  • jeudi 27 au dimanche 30 septempbre

Le nombre de place est limité à 10 personnes par session pour assurer la qualité de la transmission.
Pour tout renseignement contacter la Falaise Verte ou Franck Armand.

 


Franck Armand

Franck Armand est le maitre de thé de la Falaise Verte. Depuis 2015, il anime plusieurs sessions de week-end au Centre.

De formation scientifique, Franck Armand a passé sa thèse de doctorat de physique au Japon. Initié aux arts traditionnels, à l’Aikido et à la méditation zen, il a pu s’immerger dans cette culture au travers d’une expérience directe et concrète.
Il transmet en France les principes fondamentaux de la cérémonie du thé qu’il pratique depuis plus de vingt-cinq ans et dont il a su percevoir la portée universelle.
Issu d’une lignée de maitre de l’école Omote Senke, l’enseignement de Franck est particulièrement centré sur la conscience du corps en mouvement et la présence à la respiration. Par la cérémonie du thé, il accompagne les personnes sur un chemin de présence, d’efficacité, de vitalité et de joie.


La Voie du Thé

Un peu d’histoire…

La cérémonie du thé est arrivée au Japon à la fin du 12ème siècle, introduite par Eisai Zenji, un moine parti en Chine du sud suivre les enseignements du Bouddhisme Chan, qui deviendra plus tard le Zen japonais. En Chine, le thé était déjà depuis plusieurs siècles considéré comme une boisson merveilleuse permettant aux moines une pratique prolongée de la méditation.

Eisai Zenji, rapporta donc au Japon les pratiques méditatives du Zen, fonda l’école Rinzai du Zen japonais et permit le développement de la pratique de la cérémonie du thé. Il avait pour cela intégré la connaissance du processus utilisé dans les monastères chinois ; il avait aussi rapporté des plants de thé ainsi que des objets utilisés dans la cérémonie du thé.

À l’époque où Eisai était allé en Chine, celle-ci était sous la dynastie des Song. La façon de boire le thé chez les Song, en particulier dans les monastères Chan de Chine du sud, consistait à mettre en suspension dans de l’eau chaude des feuilles de thé séchées et finement réduites en poudre. Dans cette façon de préparer le thé, non seulement on obtient une partie d’infusion liée à la diffusion dans l’eau de certaines substances, mais également le goût de la feuille elle-même, de la poudre elle-même. C’est cet ensemble là que l’on déguste lorsque l’on prend un bol de matcha – littéralement « le vrai thé » – préparé dans le cadre d’une cérémonie du thé.

Suite à la période Song, la Chine va entrer dans une période trouble avec l’invasion Mongole. Les Mongols fondent la dynastie Yuan et éradiquent une grande partie de la culture des Song. La dynastie mongole est ensuite remplacée par une nouvelle dynastie chinoise, la dynastie Ming. Sous cette nouvelle dynastie, le thé est une infusion de feuilles ; celles-ci ne sont donc pas consommées. L’Occident étant entré en contact avec la Chine sous cette période-là, le thé auquel nous sommes habitués est ce thé d’infusion de feuilles que tout le monde connaît.

La cérémonie du thé basée sur le matcha va donc quasiment disparaître en Chine et continuer à évoluer sur le sol japonais. Elle va y jouer un rôle essentiel, à la fois social, culturel, politique et spirituel en particulier pendant la longue période de guerre civile que va connaître le Japon entre 1467 et 1600.
À l’origine, en Chine, la cérémonie du thé s’était développée sous de multiples influences spirituelles, surtout bouddhistes bien entendu mais aussi taoïstes et confucianistes.

Au Japon, cette pratique va s’enrichir de l’influence de l’animisme local, le Shintô. Ainsi, avant d’entrer dans un pavillon de thé, l’invité, tout comme la personne qui se rend dans un sanctuaire shintô, va se laver les mains et se rincer la bouche en signe de purification.
Le Christianisme, très présent au Japon pendant le 16ème siècle, va aussi avoir un impact sur la pratique de la cérémonie du thé, même si les historiens débattent encore de l’importance de cette influence. Sen no Rikyû, le grand maitre de thé de la fin du 16ème siècle, pourrait très bien avoir été lui-même chrétien. Il semble que certaines des règles de pratique de la cérémonie du thé précisément codifiée par Sen no Rikyû, telles le nettoyage du bol, pourraient avoir été inspirée de l’eucharistie chrétienne.

La cérémonie du thé a ainsi traversé les siècles, évoluant lentement à l’image du rythme qui la caractérise,  intégrant l’influence de nombreuses traditions spirituelles. Au-delà d’une apparence qui en fait une pratique typique de la tradition culturelle japonaise, ces multiples influences spirituelles lui confèrent une universalité que l’on découvre peu à peu en cheminant.


Une pratique sensorielle…

Le pratiquant du Zen est d’emblé confronté à la suractivité mentale qui est le lot de la plupart de nos contemporains occidentaux. Le bouddhisme donne l’image de notre esprit comme celle d’une bouteille remplie de sable et d’eau et continuellement en agitation. La première étape de toute pratique de méditation, le calme mental, revient donc, dans cette image, simplement à poser la bouteille et attendre patiemment que le sable se décante et que la clarté de l’eau puisse se manifester.
Pour permettre la levée progressive des voiles mentaux et émotionnels qui obscurcissent notre perception de la Réalité, la plongée dans le mode sensoriel est un aspect important du chemin proposé par le Zen.
Ainsi, l’assise méditative, par la nouveauté et la rigueur de la posture, oblige le pratiquant à revenir dans les sensations corporelles tout en évitant de les saisir, c’est à dire en évitant de se laisser aller à la continuelle tentation du commentaire sur ces sensations.
De même, le chemin que propose la cérémonie du thé passe par le sensoriel. C’est la multiplication des sollicitations sensorielles riches et multiples dans un contexte d’espace dépouillé et de lenteur des gestes qui permet naturellement aux invités de laisser aller les sollicitations du mental.

Ainsi, la cérémonie du thé peut permettre aux personnes qui ont du mal à méditer, de faire l’expérience du calme mental de façon simple et instantanée.
Cela est possible car la cérémonie du thé nous propose une expérience sensorielle à la fois réduite au minimum mais riche de contrastes. La pratique vient continuellement solliciter nos sens. Par ce que l’on voit, ce que l’on entend, ce que l’on touche, par ce que l’on goute, et par ce que l’on sent, … tous les sens sont sollicités.
Sans efforts, le mental va lâcher son activité puisque la présence et l’attention vont se situer au niveau sensoriel.
C’est là une clé essentielle qui permet aux invités de plonger naturellement dans le ressenti et ainsi faire l’expérience d’un état méditatif.

Cette pratique sollicite la vue d’une façon qui nous est inhabituelle… L’espace d’une pièce à thé est dépouillé ce qui a pour premier effet de reposer notre esprit généralement sollicité par une richesse visuelle qui sature nos capacités conscientes.
Dans une pièce à thé, aucune sollicitation brouillonne de la vision mais des gestes lents et précis sur un fond d’espace dépouillé. Nous retrouvons là les deux aspects essentiels de la conscience que sont la capacité à l’ouverture (shamatha, le calme mental) et la capacité à l’hyper-focalisation (vipassana, la vision pénétrante).
Par ailleurs, les objets présents sont peu nombreux de sorte que chacun peut être apprécié pleinement. Le maitre de thé joue avec cela par le choix qu’il fait des objets qu’il utilise. Chacun de ceux-ci est une pièce d’artisanat qui rayonne une esthétique qui ne laisse pas indifférent. De par cette sollicitation inhabituelle, assez rapidement, l’activité mentale devient moins prégnante, la présence à l’instant devient plus manifeste et l’invité peut enfin se relâcher dans l’expérience.

Le thé c’est aussi le goût bien sûr. La douceur de la pâtisserie, l’amertume du thé, la multiplicité des goûts que l’on découvre au cours du repas Kaiseki : des mets subtiles qui viennent satisfaire toute la palette gustative.

L’odeur, ah, l’odeur… Celle du thé bien sûr ! l’un des moments d’extase pour un pratiquant est de sentir monter vers son visage l’odeur du thé lorsqu’il vient de verser l’eau sur la poudre, puis qu’il le bat avec le fouet. Bien sûr, il y a aussi l’odeur de l’encens. On pose un morceau d’encens tout près des braises pour immédiatement installer l’odeur dans la pièce mais aussi un autre morceau près des charbons encore noirs. Lorsque ceux-ci vont progressivement s’embraser, l’encens viendra peu à peu se consumer, libérant ses subtiles senteurs.

Le thé c’est également le toucher. Ces bols qui, sans être nécessairement des œuvres d’artistes, utilisent des terres plus ou moins grossières, sont parfois bruts ou couverts d’émaux de textures multiples. En tenant le bol, en le portant aux lèvres, c’est sur ces contacts que vient se porter notre attention. La texture du liquide, sa douce chaleur dans notre bouche sont autant d’expériences tactiles que nous avons peu l’habitude d’explorer.

L’ouïe est l’un des sens les plus sollicités dans la pratique. De façon subtile, certes, mais continue tout au long d’une session de thé. De manière en fait très similaire à ce qui est proposé à notre vue. La saturation de bruits dont nous faisons l’expérience au quotidien est là remplacée par quelques sons précis et clairs qui se détachent du silence. L’invité fait tout d’abord l’expérience des sons qui jalonnent la préparation d’un bol de thé. Celui du fouet ou de la cuillère de bambou sur les bords du bol, celui des objets que l’on referme, celui de l’eau que l’on verse et vient faire tinter le vase d’eau de rinçage, celui de l’eau qui est remise dans la bouilloire,… jeu subtile du son de l’eau qui boue dans la grosse bouilloire de fonte. Les japonais nomment ce son MatsuKaze, le vent à travers les pins. Lorsque le thé a été dégusté, que les paroles se sont tues, le doux bruit du bouillonnement vient emplir l’espace. Puis l’officiant verse de l’eau froide dans la bouilloire pour la réalimenter en eau. Le mouvement est visuellement doux et léger mais l’expérience auditive est saisissante : le son est brutalement coupé et permet l’expérience d’une qualité de silence d’une intense profondeur.