Qu’est ce que le Kyudo ?

Tir Sensei Kyudo Jpeg ok

Saïto Tomoji Senseï à la Falaise Verte

“Il convient donc d’envisager le Kyudo non pas comme le simple maniement de l’arc et de la flèche, mais comme une méditation, un long cheminement conduisant à une maturation, à un mûrissement de l’individu, à une élévation de la conscience. Pratiquer un art martial, ou une discipline quelle qu’elle soit, ne présente pas, à mon avis, d’intérêt particulier si cette pratique n’a pas de répercussions dans la vie de tous les jours. Pratiquer une Voie simplement dans le but d’acquérir une technique et de l’améliorer au fil des mois ou des années, sans que cela n’ait de ramifications dans sa vie quotidienne, n’a, à mes yeux, pas tellement de sens. Il faut que les efforts produits pour maîtriser un art, une discipline, le Kyudo en l’occurence, permettent également de changer l’esprit dans lequel on aborde les actes de la vie afin de les appréhender en être libre.”

 

(Extrait de : Taïkan Jyoji, Kyudo, Tir à l’arc zen éditions Le courrier du livre, 2013, disponible ici  )

 


Kyudo à La Falaise Verte

Le Kyudo ou “Voie de l’Arc”, appelé aussi “Zen debout”, est considéré au Japon comme un des arts martiaux les plus nobles. Le Kyudo vise au dépassement de soi, de la cible et de l’arc pour accéder à son être réel.

En s’appliquant aux différentes phases du tir (jap. “hassetsu”), grâce à la conduite du souffle et à la concentration sur le hara, de nouvelles possibilités de libération, de maîtrise de soi et de ses énergies vont se révéler.

 


Le Dojo de l’Esprit Direct

Unique en Europe pour la pratique du Kyudo, le Dojo de l’Esprit Direct a une surface de 140 m². Il est équipé d’une baie coulissante sur un côté et d’un pas de tir traditionnel à 28 mètres. Il a été inauguré en novembre 1988 par soixante maîtres de Kyudo, hommes et femmes, qui s’étaient déplacés du Japon, emmenés par le président de la Fédération Japonaise de l’époque, Tomoji Saito Sensei, auxquels s’étaient joints une trentaine de kyudokas européens.

 

 


Propos sur l’esprit du Kyudo – Taïkan Jyoji

“Si on dit du Kyudo que c’est le Zen-debout ou Zen-en-mouvement, cela tient au fait que le Kyudo offre des possibilités d’intériorisation et d’introspection semblables à la méditation Zen. Cette discipline permet de tourner avec force son regard vers l’intérieur.
Le Kyudo est une pratique méditative et une voie de réalisation. Ni l’âge ni le sexe ni la force physique n’ont d’importance pour pratiquer le Kyudo. Si l’on a deux bras, deux jambes et un corps, cela me semble suffisant.
La tête n’est pas vraiment nécessaire. Quand je dis “la tête n’est pas vraiment nécessaire”, je veux dire ce qu’elle contient ; dès lors qu’il ne s’agit pas d’utiliser son intellect pour tirer, on n’a pas besoin de sa tête.
On utilise un de ses yeux pour viser, alors on n’a pas besoin de sa tête. Le nez ne me paraît pas utile non plus… sauf pour respirer !
La bouche encore moins. Peut-être qu’une oreille est ce qui resterait nécessaire pour la pratique du Kyudo, ce qui ne veut pas dire qu’un sourd ne peut pas pratiquer. Donc, de la tête seuls un œil et l’oreille gauche peuvent servir. Au moment du décoché, on peut juger de sa qualité au bruit que fait la corde lorsqu’elle frappe le tympan du bois supérieur de l’arc ; on appelle ce bruit le tsurune, “le son de la corde”.
Quant à la parole elle n’est pas importante non plus car d’ordinaire, dans un Dojo, tout bavardage est à éviter, pour ne pas dire à proscrire, car cela perturbe la concentration et facilite la dispersion. Pratiquer le Kyudo, c’est apprendre à être concentré, c’est la raison pour laquelle on évite toute conversation inutile au cours de l’entraînement. Ne pas être manchot est enfin une condition importante.

La notion de Voie est, pour les Occidentaux, difficile à saisir. Le mot Voie vient du mot japonais do qui vient lui-même du mot chinois tao, de la philosophie du Yin et du Yang. Dans le Zen le mot “Voie” contient aussi le sens d’esprit ou cœur.
On l’écrit ordinairement avec un “V” majuscule car la Voie dans la tradition chinoise et japonaise mène à la réalisation de soi. Le mot “Do” qui figure dans la composition de chaque discipline spécifique s’écrit par un idéogramme composé en deux parties : l’une signifiant la tête ou le chef, c’est-à-dire la notion de principe originel, l’autre représentant un pied, un déplacement, un progrès.
Tout cela implique un déplacement dans le sens d’une origine. Pratiquer dans l’esprit de la Voie devrait amener à la plénitude.
Mais cela ne suffit pas de s’atteler simplement à la technique ou à faire attention seulement à son matériel. On n’apprend rien lorsqu’on fait attention seulement aux apparences. Un tir qui vient de l’esprit et du cœur, autrement dit qui vient du fond d’un être, est l’expression d’une grande sincérité. Là on touche véritablement à la nature authentique qui sommeille en soi, qui veut s’épanouir. Le mot Do désigne également l’Eveil.”